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Lire les écritures anciennes : une initiation à la paléographie des archives

Patrimoine · · Publié le 2026-11-02

Peinture : un jeune homme assis dans un atelier sombre, près d'une fenêtre à petits carreaux, examine une feuille de papier dans la lumière latérale
Jan Ekels le Jeune, Jeune dessinateur au travail dans son atelier, fin du XVIIIe siècle. Déchiffrer une écriture ancienne commence souvent ainsi : une feuille, une bonne lumière et beaucoup de patience. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Un acte de baptême de 1650, un contrat de mariage sous Louis XV, un registre de l'an III : généalogistes et curieux d'histoire locale finissent tous par buter sur une page illisible. Ce n'est pas une affaire de don. La paléographie, l'étude des écritures anciennes, s'apprend comme une langue : en reconnaissant des formes, des habitudes de scribe et des formules qui reviennent. Voici de quoi commencer.

Pourquoi les actes anciens sont-ils si difficiles à lire ?

La difficulté tient rarement à la langue. Depuis l'ordonnance de Villers-Cotterêts d'août 1539, les actes de justice et les actes notariés sont rédigés en français, et la même ordonnance demande aux curés de tenir des registres des baptêmes. L'ordonnance de Blois, en 1579, y ajoute les mariages et les sépultures. Le français de ces actes a vieilli, mais il reste compréhensible une fois les mots déchiffrés.

Ce qui arrête le lecteur, c'est la main. Un curé de campagne, un clerc de notaire ou un greffier écrivaient vite, pour eux-mêmes ou pour des collègues habitués aux mêmes conventions. Ils liaient les lettres, abrégeaient les mots fréquents, employaient des formes que l'école ne nous a pas apprises. S'y ajoutent l'état du document (encre pâlie, papier taché, reliure qui avale la marge) et la qualité de la numérisation.

Les grandes familles d'écritures, du XVIe au XIXe siècle

Repérer à quelle famille appartient une écriture permet de savoir à quoi s'attendre. En simplifiant beaucoup, on rencontre dans les archives françaises :

Ces familles se mélangent : un notaire garde trente ans les habitudes de sa formation. Mieux vaut observer la page que se fier à la date.

Les lettres qui trompent

Quelques pièges reviennent dans presque tous les documents de l'époque moderne :

L'orthographe n'est pas fixée et les accents sont rares : il faut lire avec l'oreille autant qu'avec l'œil.

Les abréviations

Les scribes abrègent ce qui revient souvent, selon trois procédés hérités du Moyen Âge :

  1. La suspension : on écrit le début du mot et on coupe, souvent avec un point ou un trait (« led. » pour ledit, « sr » pour sieur).
  2. La contraction : on garde la première et la dernière lettre, parfois quelques-unes au milieu, et on surmonte le mot d'un trait (« pnt » pour présent, « nre » pour notre).
  3. Les signes spéciaux : un tilde au-dessus d'une voyelle remplace un m ou un n (« cōme » pour comme), une boucle ou un crochet remplace une terminaison (-us, -er, -es), le q barré vaut « que ».

Dans les registres paroissiaux et les actes notariés, les abréviations sont prévisibles parce que les formules le sont : « a esté baptisé », « fils legitime de », « en presence de », « les parties ont declaré ne sçavoir signer ». Une formule reconnue se lit ensuite d'un coup d'œil.

Les dates et les chiffres

Les mois de septembre à décembre s'écrivent très souvent en abrégé, avec un chiffre suivi de « bre » : 7bre pour septembre, 8bre pour octobre, 9bre pour novembre, Xbre ou 10bre pour décembre. Le chiffre renvoie au rang du mois dans l'ancienne année romaine, qui commençait en mars, et non à notre calendrier.

Les nombres sont souvent écrits en chiffres romains minuscules, avec un j à la place du dernier i : « iiij » pour quatre, « xvj » pour seize, « vjxx » pour six-vingts, c'est-à-dire cent vingt. Les sommes d'argent se comptent en livres, sous et deniers (« l. », « s. », « d. »). Enfin, entre 1793 et la fin de 1805, les actes d'état civil sont datés selon le calendrier républicain : une table de concordance est indispensable pour convertir « 12 germinal an IV ».

Une méthode pas à pas

  1. Commencer par ce que l'on connaît. Repérer les noms de personnes et de lieux que l'on cherche, les dates, les formules. Ils servent de clé : chaque lettre lue dans un mot sûr devient un modèle pour le reste de la page.
  2. Constituer l'alphabet du scribe. Sur une feuille à part, relever pour chaque lettre les formes que ce scribe utilise, au début, au milieu et à la fin des mots. Il servira pour tout le registre.
  3. Transcrire lettre à lettre, sans deviner. Recopier ce que l'on voit, même sans sens encore, et mettre entre crochets les lettres incertaines ou restituées.
  4. Comparer avec d'autres actes. Le même curé a rédigé des centaines d'actes semblables ; un mot illisible dans l'un est souvent clair dans un autre. Les tables et les doubles des registres peuvent aussi aider.
  5. Revenir le lendemain. Un mot qui résiste se lit souvent après une pause ; agrandir l'image et jouer sur le contraste aident aussi.

Pour les registres de baptêmes, mariages et sépultures, un détail administratif est utile : l'ordonnance civile d'avril 1667 a demandé que les registres soient tenus en double, un exemplaire restant à la paroisse et l'autre étant déposé au greffe, règle précisée par une déclaration royale de 1736. Une page abîmée dans une collection peut être lisible dans l'autre. Les recueils de modèles d'écriture, eux, sont présentés dans notre guide Gallica et les collections de la BnF.

Où apprendre, et avec quoi

On apprend mieux avec un document que l'on a envie de lire, et avec un corrigé :

Les outils de reconnaissance automatique de l'écriture manuscrite rendent des services sur un registre entier de la même main, mais leurs transcriptions doivent être relues : ils se trompent souvent sur les noms propres et les chiffres.

Enfin, avoir tracé soi-même une ronde ou une italique à la plume aide à comprendre l'ordre des traits, donc à reconstituer une lettre déformée par la vitesse.

Sources