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La chancelière : de l'écriture des secrétaires pontificaux à l'italique

Écritures · Publié le 2026-10-27

Page de titre ancienne en écriture chancelière, avec un cartouche orné portant l'inscription CVM GRATIA ET PRIVILEGIO
Page de titre de La Operina de Ludovico degli Arrighi, dit Vicentino, imprimée à Rome dans les années 1520. Domaine public (Houghton Library, Harvard), via Wikimedia Commons.

La chancelière est probablement l'écriture la plus pratiquée par les calligraphes amateurs d'aujourd'hui. Élégante, rapide et lisible, elle est née dans l'Italie du XVe siècle, s'est diffusée grâce aux premiers manuels d'écriture imprimés, et a donné naissance à un usage typographique que nous employons chaque jour : l'italique.

Une cursive humanistique

Au XVe siècle, les humanistes italiens ont remis à l'honneur une écriture inspirée de la minuscule caroline, la littera antiqua. Pour écrire vite, ils l'ont rendue cursive : lettres penchées, arches qui s'ouvrent depuis le fût, liaisons entre les lettres. Cette cursive humanistique est adoptée dans les chancelleries, en particulier celle de la papauté à Rome, où les secrétaires rédigent les brefs pontificaux. On l'appelle donc cancellaresca, l'écriture de chancellerie, en français « chancelière ».

Les maîtres d'écriture et leurs manuels

Au début du XVIe siècle, des maîtres d'écriture publient des manuels qui enseignent la chancelière par l'image et le texte. Comme l'imprimerie typographique ne permet pas de reproduire fidèlement des lettres manuscrites, les pages sont gravées sur bois ou sur cuivre.

Ces ouvrages sont aujourd'hui numérisés par plusieurs bibliothèques, et l'on en trouve aussi des exemplaires et des imitations françaises dans Gallica ; ils constituent toujours la base de l'apprentissage. Les lire directement permet de constater que les « règles » répétées dans les manuels modernes sont souvent plus souples chez les auteurs anciens.

De la plume au plomb : la naissance de l'italique

En 1501, l'imprimeur vénitien Alde Manuce publie un Virgile dans un petit format, composé dans un caractère penché gravé par Francesco Griffo d'après une cursive humanistique. Ce caractère compact permet de faire tenir plus de texte sur la page de livres maniables. C'est l'acte de naissance de l'italique typographique, qui sera d'abord utilisé comme un caractère de texte à part entière, avec des capitales droites.

Arrighi lui-même dessine des caractères italiques pour l'impression dans les années 1520. Ce n'est que progressivement, au cours du XVIe siècle, que l'italique devient un caractère d'accompagnement du romain, utilisé pour les citations, les titres d'œuvres ou l'emphase, comme aujourd'hui.

Reconnaître une chancelière

Apprendre la chancelière : repères pratiques

La chancelière s'apprend généralement après une écriture ronde, mais certains enseignants la proposent d'emblée. Quelques repères :

  1. La plume : une plume à bec large, de taille moyenne pour commencer, ou un feutre à pointe biseautée pour les premiers exercices. Voir notre guide des plumes, calames et pinceaux.
  2. L'angle de plume : il est généralement plus fort que pour les écritures rondes, la plume étant tenue plus en biais dans de nombreux modèles modernes.
  3. Les proportions : la hauteur d'x se règle en largeurs de plume, d'après le modèle étudié ; les hampes sont au moins aussi longues que la hauteur d'x.
  4. Le rythme : on travaille d'abord des séries de lettres de même famille (n, m, h, r, puis a, d, g, q), puis des mots courts, en surveillant l'inclinaison.
  5. La vitesse : la chancelière est une écriture cursive. Une fois les formes acquises, il faut accélérer : écrite trop lentement, elle devient raide.

Notre article Apprendre la calligraphie propose une progression sur plusieurs semaines et des conseils pour organiser ses séances.

Les erreurs fréquentes

Une écriture d'usage

La chancelière a une particularité : elle est à la fois une écriture de calligraphe et une écriture pratique. Au XXe siècle, plusieurs mouvements de réforme de l'écriture scolaire, en Grande-Bretagne notamment, ont proposé des cursives dérivées de la chancelière pour l'écriture courante, avec des lettres simples et des liaisons limitées. Beaucoup de calligraphes l'utilisent ainsi pour leurs cartes et leurs lettres manuscrites, avec un stylo-plume à bec biseauté.

Ce qu'il faut retenir

Sources