Écritures

Calligraphies du monde : l'arabe, l'hébreu et le chinois

Écritures · Publié le 2026-10-27

Rouleau horizontal couvert de colonnes de caractères chinois tracés au pinceau à l'encre noire, ponctué de sceaux rouges
Copie d'époque Tang de la Préface du pavillon des orchidées de Wang Xizhi (détail). Domaine public, via Wikimedia Commons.

La calligraphie latine n'est qu'une tradition parmi d'autres. Dans le monde arabe et persan, en Chine et dans les pays de culture chinoise, dans les communautés juives, l'art de bien écrire a développé ses propres outils, ses styles et ses institutions. En voici une introduction, pour mieux comprendre ce que l'on voit dans un musée ou dans un livre.

L'écriture arabe : un art majeur

Dans les cultures de l'islam, la calligraphie occupe une place éminente, liée au statut du texte coranique. Elle s'exerce sur le parchemin et le papier, mais aussi sur la céramique, le métal, le bois, le textile et l'architecture.

Le calame

L'outil traditionnel est le calame (qalam), une tige de roseau taillée en biseau au couteau, puis fendue. L'angle et la largeur de la taille déterminent le style. Les calligraphes taillent eux-mêmes leurs calames et en possèdent plusieurs, selon les dimensions de l'écriture.

Les styles

Les proportions

Les historiens attribuent au vizir et calligraphe Ibn Muqla, au Xe siècle à Bagdad, un système de proportions fondé sur le point en losange tracé avec le calame : la hauteur de l'alif et les dimensions des autres lettres se mesurent en nombre de points. Ce principe, perfectionné par ses successeurs comme Ibn al-Bawwab et Yaqut al-Musta'simi, reste au cœur de l'enseignement traditionnel.

La transmission repose sur une relation de maître à élève, sanctionnée dans la tradition ottomane par une licence, l'icazet (ijaza). En 2021, l'Unesco a inscrit la calligraphie arabe sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, sur proposition conjointe de seize États.

L'écriture hébraïque : la main du scribe

Les lettres de l'alphabet hébreu notent toutes des consonnes ; les voyelles peuvent être notées par des points et des traits. L'écriture « carrée », héritée de l'araméen, est celle des textes religieux et de l'imprimé.

La copie des rouleaux de la Torah, des tefillin et des mezouzot est confiée à un scribe spécialisé, le sofer. Elle obéit à des règles détaillées fixées par la loi juive : support de parchemin préparé à partir d'un animal rituellement pur, encre noire durable, plume (traditionnellement d'oie ou de roseau), forme précise de chaque lettre, avec ses petites couronnes (taguin) sur certaines lettres, mise en page et nombre de colonnes réglés. Une lettre mal formée, effacée ou touchant sa voisine peut rendre un rouleau impropre à l'usage rituel tant qu'elle n'est pas corrigée.

En dehors de ce cadre religieux, l'hébreu a aussi une tradition de manuscrits enluminés médiévaux (sépharades et ashkénazes), d'écritures cursives régionales et, aujourd'hui, de calligraphie artistique. La Bibliothèque nationale de France conserve une importante collection de manuscrits hébreux, dont beaucoup sont numérisés dans Gallica.

La calligraphie chinoise : le pinceau et le souffle

En Chine, la calligraphie (shufa, « la règle de l'écriture ») est considérée comme l'un des arts du lettré, aux côtés de la peinture, de la poésie et de la musique. Elle s'est diffusée dans les pays de culture chinoise, notamment au Japon (shodō) et en Corée (seoye), avec des évolutions propres. L'Unesco a inscrit la calligraphie chinoise sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel en 2009.

Les quatre trésors du lettré

Le matériel traditionnel est appelé les « quatre trésors du cabinet du lettré » : le pinceau, à pointe souple, en poils de chèvre, de loup (en réalité souvent de belette) ou mélangés ; le bâton d'encre, fait de suie et de colle ; la pierre à encre, sur laquelle on frotte le bâton avec un peu d'eau ; et le papier, notamment le papier dit xuan, très absorbant. Notre article sur les encres et les papiers revient sur ces matériaux.

Les cinq grands styles

Wang Xizhi, au IVe siècle, est considéré comme le « sage de la calligraphie ». Sa Préface du pavillon des orchidées, connue uniquement par des copies, est l'œuvre la plus célèbre de l'histoire de l'écriture chinoise.

Le geste

En calligraphie chinoise, l'ordre et la direction des traits sont fixés, et un trait ne se reprend pas. Le pinceau est tenu verticalement, le bras souvent décollé de la table. La qualité de l'encre, la pression, la vitesse et les « blancs volants » (les traces de pinceau sec) font partie de l'expression.

Confronter les traditions pour mieux comprendre

Ces trois traditions montrent combien l'outil façonne la lettre, comme en Occident, où la plume large a donné leurs formes à la capitale romaine écrite sur parchemin, puis à la gothique. Le calame taillé en biseau donne à l'arabe ses pleins et déliés ; le pinceau souple donne au chinois ses variations d'épaisseur dans un même trait ; la plume du scribe hébreu produit des lettres aux traits horizontaux épais et aux verticales fines. Notre guide des plumes, calames et pinceaux présente ces outils côte à côte du point de vue du pratiquant.

Elles montrent aussi que la calligraphie n'est pas seulement un art décoratif : elle est liée à des usages religieux, administratifs, lettrés, et à des formes de transmission qui méritent d'être respectées. S'initier à l'une d'elles suppose de passer par un enseignant formé dans cette tradition.

Ce qu'il faut retenir

Sources