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Encres et papiers pour la calligraphie : ce qu'il faut savoir avant d'acheter

Atelier · Publié le 2026-10-27

Pierre à encre noire entourée de coupelles en porcelaine bleue et blanche, de bâtons d'encre et de pinceaux dans un coffret
Les « quatre trésors du lettré » : pinceaux, bâton d'encre, pierre à encre (et papier). Photo : Tarunpant, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Une bonne plume sur un mauvais papier donne des traits qui bavent ; une encre trop fluide sur un papier glacé donne des traits qui perlent. En calligraphie, l'encre et le papier forment un couple. Voici comment les choisir, en distinguant ce qui relève du confort de travail et ce qui relève de la conservation des œuvres.

Les grandes familles d'encres

Les encres au carbone

L'encre noire la plus ancienne est faite de noir de carbone (suie, noir de fumée) mélangé à un liant, en général de la gomme ou de la colle animale. C'est le principe de l'encre de Chine et des bâtons d'encre d'Asie orientale, que l'on frotte sur une pierre avec de l'eau. Le carbone est chimiquement très stable : il ne pâlit pas à la lumière et n'attaque pas le support. Les encres de Chine liquides du commerce contiennent souvent de la gomme laque, qui les rend résistantes à l'eau une fois sèches, mais encrasse les plumes : il faut les nettoyer souvent.

Les encres ferro-galliques

Pendant des siècles, l'Europe a écrit avec des encres métallo-galliques, obtenues en mélangeant des extraits de noix de galle (riches en tanins) avec un sel de fer (sulfate de fer, ou vitriol) et de la gomme arabique. L'encre, pâle au moment de l'écriture, noircit en s'oxydant. Elle pénètre bien le parchemin et le papier, d'où sa durabilité apparente. Mais mal dosée, trop acide ou trop riche en fer, elle peut ronger le support avec le temps : c'est la « corrosion des encres », bien connue des restaurateurs de manuscrits, qui découpe littéralement les lettres dans le papier. Les calligraphes l'apprécient pour son trait net et ses nuances ; pour une œuvre destinée à durer, il faut choisir une formulation sérieuse et un papier adapté.

Les encres modernes et les couleurs

Les encres à base de colorants (encres pour stylo-plume, encres de couleur) sont fluides et agréables, mais beaucoup sont peu résistantes à la lumière : elles peuvent pâlir en quelques années si l'œuvre est exposée. Pour la couleur, les calligraphes utilisent surtout la gouache, diluée à la consistance d'une crème liquide et chargée au pinceau dans la plume, ou l'aquarelle en tube. La gouache couvre bien et sèche mat ; on choisit des pigments signalés comme résistants à la lumière par le fabricant.

Le papier : quatre critères

La surface

Pour la plume métallique, on cherche un papier lisse mais non glacé, assez ferme pour que le bec ne s'accroche pas dans les fibres. Les papiers à dessin « lisses » ou « satinés », les papiers de type layout pour l'entraînement, et certains papiers d'imprimerie conviennent. Les papiers à grain marqué conviennent mieux au pinceau.

L'encollage

Un papier est « encollé » quand on lui a ajouté une substance (gélatine, amidon, colles synthétiques) qui limite l'absorption de l'eau. Un papier peu encollé, comme un papier buvard, fait baver l'encre ; un papier fortement encollé la garde en surface. Les papiers pour l'aquarelle et la calligraphie sont généralement bien encollés. Le papier xuan utilisé en calligraphie chinoise est au contraire très absorbant, ce qui fait partie de l'expression du trait.

Le grammage

Le grammage, exprimé en grammes par mètre carré, renseigne sur l'épaisseur et la tenue. Un papier d'entraînement fin, légèrement transparent, permet de glisser un guide de lignes en dessous. Pour un travail final à l'encre liquide ou à la gouache, un papier plus épais se gondole moins.

La permanence

Pour une œuvre destinée à durer, on choisit un papier sans acide, ou mieux un papier dit « permanent », conforme à la norme internationale ISO 9706, qui fixe des exigences de résistance, de réserve alcaline et de stabilité. Les papiers ordinaires contenant de la lignine jaunissent et deviennent cassants avec le temps : c'est le cas des journaux, mais aussi de beaucoup de papiers bon marché.

Le parchemin et le vélin

Le parchemin est une peau animale (mouton, chèvre, veau) préparée sans tannage : trempée dans un bain de chaux, raclée, tendue et séchée. Le vélin désignait à l'origine un parchemin de veau, très fin. C'est le support des manuscrits médiévaux. Il est encore utilisé par des calligraphes et des enlumineurs, mais demande une préparation (ponçage léger, dégraissage) et réagit fortement aux variations d'humidité : il se gondole quand l'air est humide. Le « papier vélin » du commerce est, lui, un papier sans vergeures, à la surface régulière.

Tester avant de se lancer

  1. Tracer sur une chute de papier des pleins et des déliés, des croisements de traits et une zone remplie.
  2. Observer si l'encre bave, perle, traverse le papier ou reste en surface.
  3. Laisser sécher, puis passer légèrement une gomme à côté et sur le tracé, et toucher avec un doigt humide pour vérifier la résistance à l'eau.
  4. Noter le résultat sur la chute, avec le nom du papier et de l'encre : ces échantillons deviennent vite une référence précieuse.

Conserver ses papiers et ses œuvres

Le papier réagit à l'humidité et à la lumière. Les bibliothèques patrimoniales veillent à garder une température et une humidité relative stables autour de leurs collections : la Bibliothèque nationale de France a par exemple publié, dans des recommandations pour l'exposition des documents, une cible pour le papier, le cuir et le parchemin : une température de 18 °C (± 1 °C) et une humidité relative de 55 % (± 5 %), avec des variations d'humidité inférieures à 5 % par heure. Un atelier domestique n'a pas à atteindre ces niveaux, mais il gagne à éviter les écarts brusques. Notre article sur l'aménagement d'un atelier chez soi détaille le rangement des papiers et la gestion de l'humidité.

Pour aller plus loin sur les outils, voir notre guide des plumes, calames et pinceaux.

Ce qu'il faut retenir

Sources