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La classification Vox-Atypi : les familles de caractères expliquées

Typographie · Publié le 2026-10-27

Livre ancien ouvert : à gauche un portrait gravé de Giambattista Bodoni, à droite la page de titre du Manuale tipografico
Le Manuale tipografico de Giambattista Bodoni (Parme, 1818), référence de la famille des didones. Photo : Wladimiro Bedin, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Comment ranger l'immense production de caractères typographiques ? En 1954, le typographe français Maximilien Vox a proposé une classification en familles, fondée sur la forme des lettres et sur l'histoire. Adoptée par l'Association typographique internationale (ATypI) en 1962, elle a été enseignée dans les écoles du monde entier. Elle reste un outil de vocabulaire utile, même si elle n'est plus recommandée officiellement.

Une classification née en France

Maximilien Vox (1894-1974), de son vrai nom Samuel William Théodore Monod, était graveur, éditeur, critique et animateur des Rencontres internationales de Lure, qu'il fonda en 1952. Les classifications typographiques existantes, au XIXe et au début du XXe siècle, reposaient sur des appellations commerciales variables d'une fonderie à l'autre. Vox a voulu un système simple, avec des noms forgés pour l'occasion, souvent à partir du nom de typographes historiques.

Après son adoption par l'ATypI en 1962, une version modifiée a été publiée comme norme britannique en 1967 (BS 2961). La classification s'est ensuite imposée dans l'enseignement, sous le nom de Vox-Atypi.

Les familles

La classification distingue d'abord trois grands groupes, puis des familles.

Les classiques

Les modernes

Les calligraphiques

Et les autres

Les fractures, c'est-à-dire les caractères gothiques (textura, rotunda, schwabacher, fraktur), forment une famille à part, présentée dans notre article sur la gothique textura. La classification a aussi accueilli une catégorie pour les écritures non latines, sans pour autant les classer finement.

Les limites de la classification

Les critiques sont anciennes et nombreuses.

2021 : l'ATypI retire son soutien

En avril 2021, l'ATypI a annoncé qu'elle cessait de recommander la classification Vox-Atypi. Son conseil d'administration, réuni le 18 mars 2021, a adopté deux résolutions : l'une formalisant cet abandon, l'autre créant un groupe de travail chargé d'étudier de nouveaux systèmes de classification couvrant les écritures du monde (annonce de l'ATypI du 27 avril 2021).

Cette décision ne rend pas les termes inutiles. « Garalde », « didone » ou « linéale » restent compris par tous les typographes francophones, et permettent de décrire rapidement un caractère. Simplement, aucune classification ne fait plus autorité de manière officielle, et les éditeurs de caractères utilisent chacun leurs propres catégories.

Utiliser la classification aujourd'hui

  1. Comme un vocabulaire, pour décrire une police à quelqu'un : « une garalde à grande hauteur d'x », « une linéale humaniste ». Notre article sur l'anatomie de la lettre donne les termes complémentaires.
  2. Comme une grille de lecture historique, pour comprendre l'évolution des formes, de l'écriture humanistique à la gravure sur acier.
  3. Pour composer des associations : associer une garalde pour le texte et une linéale pour les titres est un choix classique, parce que les deux familles se distinguent nettement. Voir notre article Choisir une police.

Exercice : décrire un caractère

Pour s'approprier la classification, le plus efficace est de l'appliquer à des textes réels : un livre de poche, un journal, une affiche. Quelques questions suffisent :

  1. Y a-t-il des empattements ? Si non, c'est une linéale ; si oui, sont-ils triangulaires, filiformes ou rectangulaires ?
  2. Où se situe l'axe des lettres rondes ? Regardez le o et le e : un axe oblique oriente vers les humanes et les garaldes, un axe vertical vers les réales et les didones.
  3. Quel est le contraste ? Faible, moyen ou très fort entre pleins et déliés.
  4. La barre du e est-elle inclinée ? C'est un indice classique des humanes.
  5. Le caractère imite-t-il un outil ? Plume, pinceau, burin : on se tourne alors vers les scriptes, les manuaires ou les incises.

Le résultat est rarement net, et c'est instructif : beaucoup de caractères de presse ou d'édition récents combinent des traits de plusieurs familles.

Ce qu'il faut retenir

Sources