Typographie

Choisir une police : lisibilité, accessibilité et bon sens typographique

Typographie · Publié le 2026-10-27

Feuille de spécimen ancienne : le même texte latin composé dans des corps décroissants, sous le titre A SPECIMEN
Spécimen de William Caslon, 1734 : le même texte dans des corps de plus en plus petits. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Il n'existe pas de « meilleure police ». Il existe des polices adaptées à un texte, à un support, à un public et à une taille. Choisir une police, c'est d'abord se demander ce que le lecteur doit faire : lire longtemps, repérer une information, reconnaître une marque, trouver son chemin. Les critères qui suivent aident à répondre de façon raisonnée.

Lisibilité et déchiffrabilité

Les typographes distinguent souvent deux notions.

Une police très déchiffrable peut donner un texte peu lisible si elle est mal composée. À l'inverse, une bonne composition améliore nettement une police ordinaire.

Les critères de dessin

  1. La hauteur d'x : une grande hauteur d'x rend un texte plus lisible en petite taille et à l'écran, au prix de hampes plus courtes. Voir notre article sur l'anatomie de la lettre.
  2. Les contrepoinçons ouverts : des lettres comme a, e, c, s aux ouvertures larges restent reconnaissables quand le texte est flou, petit ou vu de loin.
  3. Le contraste modéré : les didones très contrastées sont spectaculaires en grand titre, mais leurs déliés s'effacent en petite taille, surtout à l'écran.
  4. Les formes distinctes : vérifiez « Il1 », « O0 », « rn/m » dans la police envisagée, en particulier pour des références, des codes ou des mots de passe.
  5. La famille complète : italique, gras, petites capitales, chiffres adaptés et signes du français (guillemets, espaces fines, œ, accents sur les capitales) sont indispensables pour un texte long.

Un texte long, un écran, une signalétique

Le texte long imprimé

Pour un livre ou un rapport, les caractères à empattements de tradition humane, garalde ou réale restent le choix le plus courant, mais de nombreuses linéales humanistes conviennent aussi. Le confort dépend surtout de la composition. Les familles de la classification Vox-Atypi offrent un vocabulaire pour les mettre côte à côte.

L'écran

Les écrans actuels affichent bien les caractères à empattements, mais les polices conçues ou optimisées pour l'écran restent plus sûres en petite taille : hauteur d'x généreuse, traits pas trop fins, espacement un peu plus large. Les polices variables permettent d'ajuster finement la graisse et parfois la taille optique.

La signalétique

Pour des panneaux lus de loin ou en mouvement, on privilégie des linéales aux formes ouvertes, une graisse moyenne et un espacement généreux. Les écritures script, les capitales enchaînées et les caractères condensés sont à éviter pour les informations essentielles. Notre article sur le brush script revient sur l'usage raisonné des scripts.

La composition : corps, interlignage, longueur de ligne

Accessibilité : ce que disent les référentiels

Pour les contenus numériques, les règles d'accessibilité sont fixées au niveau international par les WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) du W3C, et en France par le RGAA, le référentiel général d'amélioration de l'accessibilité, qui s'en inspire. Plusieurs critères concernent directement la typographie (WCAG 2.1, W3C) :

En France, l'obligation d'accessibilité des services de communication en ligne découle de l'article 47 de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005. Elle s'applique aux organismes publics et à certaines entreprises ; la directive européenne sur l'accessibilité des produits et services (directive (UE) 2019/882) a élargi le champ à de nombreux services numériques à partir de juin 2025. Le site officiel du RGAA détaille les critères et les méthodes de test.

Et les polices « pour dyslexiques » ?

Des polices ont été présentées comme facilitant la lecture des personnes dyslexiques. Les études publiées n'ont pas montré de bénéfice clair et constant par rapport à des polices courantes bien composées ; l'espacement, la taille et la mise en page semblent compter davantage que le dessin des lettres. Si un lecteur préfère une police particulière, le mieux est de lui permettre de la choisir, ce que les navigateurs et les liseuses autorisent.

Vérifier la licence

Dernier critère, souvent oublié : avez-vous le droit d'utiliser cette police pour ce projet ? Impression, site web, application, logo, fichiers livrés au client n'ont pas toujours la même licence. Notre article sur les licences de polices fait le point.

Ce qu'il faut retenir

Sources